L’attente était forte autour de Sonic Forces, présenté par Sega comme le digne héritier des épisodes Generations et Colors. Trop, peut-être. Retombant dans ses travers, le hérisson ressaute à pieds joints dans le tristement célèbre Sonic Cycle.

Ce test de Sonic Forces a été réalisé sur une version fournie par l’éditeur.

sonic forces moderneAnnonce d’un nouveau jeu, hype qui monte, déception générale à sa sortie et promesse de ne plus jamais retoucher à un Sonic. Jusqu’à la prochaine annonce. Telle est l’histoire de la vie, ce cycle éternel dans lequel est coincé le plus célèbre des hérissons depuis près de vingt ans. Parfois un miracle arrive, juste de quoi justifier l’existence de l’expression « l’exception qui confirme la règle ». C’était par exemple le cas de Sonic Generations en 2011, délicieux mélange entre des phases 3D dynamiques et des passages rétro sentant bon la madeleine. Puis retour à la normale, manière polie de dire le néant, jusqu’en 2017 et la sortie de Sonic Mania, magnifique hommage aux épisodes d’antan pondu par une poignée de fans australiens avec des moyens dignes de l’époque 16 bits. Cette fois ça y était, Sonic venait d’atteindre un tel niveau de qualité que Sega avait forcément trouvé la formule magique pour faire sortir sa mascotte du Sonic Cycle. On oubliait seulement une chose : contrairement à Sonic Mania, Sonic Forces est le fruit du travail de la Sonic Team. Et ce n’est paradoxalement pas matière à nous rassurer.

Sonic les oreilles

Retour à une formule plus moderne pour Sonic Forces. Rien d’étonnant jusque là, Sonic Mania ayant été très clairement présenté comme un jeu hommage aux heures de gloires passées de la licence. On retrouve ainsi Sonic et ses amis embarqués dans une histoire aussi rocambolesque que sans saveur l’amenant une nouvelle fois à contrecarrer les plans du Dr Robotnik. Si aborder dans un test la qualité du scénario d’un Sonic reviendrait au même que consacrer un paragraphe entier à la qualité des musiques d’un jeu de foot, la surabondance dans cet opus de scènes cinématiques et de parlotte inutile impose cependant d’y consacrer quelques lignes. Qui chez Sega a pu estimer qu’un jeu basé sur la vitesse et un rythme effréné gagnerait à profiter d’une multitude de coupures destinées à faire défiler une histoire de reconquête du monde particulièrement osef, cassant encore un peu plus un rythme de jeu pas forcément optimal ? Rajoutez à ça les discussions en mode « radio » en début de niveau ainsi que les commentaires de vos acolytes en cours de partie et vous êtes bon pour vouloir couper immédiatement le son de votre télévision. Et ce ne sont pas les musiques – insipides – qui vous feront regretter votre choix. Qu’elle est loin l’anthologie musicale de Sonic Generations permettant de débloquer les musiques classiques – réorchestrées – au fil de sa progression dans le jeu.

L’élève dépasse le maître (et lui met la tête sous l’eau)

sonic forces classiqueReprenant la formule introduite par Generations, il est une nouvelle fois possible d’alterner les phases entre le Sonic moderne et le Sonic classique, ce petit hérisson au ventre tout rond et au regard bien moins hautain. Sortant la même année que Sonic Mania, impossible de ne pas faire immédiatement la comparaison avec son aîné de quelque mois reprenant avec brio les codes des épisodes 2D. Après tant de maîtrise de la part d’une poignée de fans, comment ne pas espérer que l’historique Sonic Team n’en tire pas des leçons de level design pour nous offrir des passages en scrolling horizontal enthousiasmant ? Hélas, ceux-ci apparaissent comme les moments les plus mous et les moins intéressants du jeu. L’inertie assez perturbante du hérisson rend les passages de plate-forme inutilement compliqués et le tout manque cruellement de punch, la faute également à des niveaux manquant tristement d’inspiration. La gouffre qui sépare par exemple le Chemical Plant de Sonic Forces et celui de Sonic Mania est juste ahurissant. Une telle leçon de la part d’une poignée de développeurs étrangers va sûrement laisser des traces du côté de Sega.

Sonic Racing

Bref, vous l’avez compris, Sonic Forces n’est pas fait pour vous si vous êtes plutôt team « hérisson bedonnant ». Mais cela ne reste qu’une partie somme toute mineure de ce que propose le jeu et un bon mode 3D permettrait au titre de s’en sortir avec les honneurs. Que ce soit au niveau de la forme ou du fond, on est très clairement devant un jeu formaté pour le public américain de moins de 10 ans, nourris aux séries TV Sonic et cherchant un jeu permettant de lâcher des « So cool ! Amazing ! » face aux acrobaties du hérisson. De ce point de vue, les passages en Sonic moderne remplissent parfaitement leur part du contrat, tout du moins en termes de sensations. Placé confortablement sur des rails, notre héros va traverser la trentaine de niveaux proposés à une vitesse folle, rebondissant d’ennemis en bumpers jusqu’à une ligne d’arrivée que l’on met rarement plus de 3/4 minutes à rejoindre. Car Sonic Forces est loin de ce que l’on pourrait appeler un jeu difficile (même en mode Hard) et le gameplay se limite essentiellement à une course au chronomètre en martelant les boutons de boost et de saut, ce dernier permettant de foncer directement sur l’ennemi le plus porche. Même les boss finissent à terre sans réussir à faire augmenter le rythme cardiaque du joueur en raison de patterns aussi dangereuses qu’un koala faisant la sieste. Le joueur en mal de challenge devra ainsi obligatoirement se tourner vers le Time Attack et les défis quotidiens, ces derniers gratifiant le joueur de multiples items et accessoires pour customiser son avatar.

sonic forces avatar

Pas ava(ta)r(e) en items

Sonic Forces introduit en effet la possibilité de créer son personnage en début de partie et d’en profiter tout au long du jeu, que ce soit en solo ou en duo avec Sonic. Sept espèces différentes sont proposées (chien, chat, hérisson, etc.), chacune bénéficiant de qualités qui lui sont propres comme garder un ring après avoir été touché ou de bénéficier d’une plus longue durée d’invincibilité après un choc. Tout un panel d’item est également disponible pour rendre votre personnage le plus cool possible, allant de la paire de lunette aux baskets fluos. Sympathique, mais on sature rapidement face à la liste d’items se débloquant un par un en fin de niveaux et cassant encore plus le rythme général du jeu. Pouvant évoluer aussi bien dans les niveaux en 2D qu’en 3D, notre création se distingue de Sonic dans sa capacité à s’équiper d’un Wipson, une arme dont les caractéristiques pourront être modifiées au fil de la partie. On en arrive ainsi à des séquences particulièrement cheatées, mais assez jouissives il faut le dire, où l’on se retrouve à traverser le niveau avec un lance-flamme et dégommant tout ennemi se présentant devant nous sans aucune finesse de gameplay. Pas de quoi rendre pour autant le gampelay plus intéressant, mais de quoi ravir les joueurs les plus casuals, assurément la vraie cible de cet opus.