Souvent décriés en raison leur abondance depuis plusieurs années, les remasters n’en restent pas moins une magnifique opportunité de (re)découvrir des perles d’antan. A la fois acclamé pour son onirisme que décrié pour un fort sentiment de vide, Shadow of the Colossus n’avait en tout cas laissé personne indifférent lors de sa sortie sur Playstation 2 en 2006. Douze ans plus tard, le voilà donc de retour sur Playstation 4 dans un tout nouvel écrin grâce aux texans de Bluepoint Games. Mais difficile de ne pas prendre ses défauts en pleine figure après tant d’années.

Le jeu vidéo est-il de l’art ? Une question qui revient sans cesse et dont personne n’a vraiment de réponse. Mais une chose est sûr, c’est que Shadow of the Colossus est porté par une réelle vision artistique et qu’il s’assume pleinement comme tel en mettant son gameplay en retrait au profit de son ambiance travaillée. Un choix osé, surtout à la sortie du jeu d’origine en 2006, mais qui peine à convaincre 12 ans plus tard après la multitude de jeux « poétiques » étant sortis depuis et proposant à la fois un gameplay bien plus profond.

shadow of the colossus ps4Contempler le vide

Un guerrier cherchant à ramener sa bien-aimée à la vie. Une entité mystérieuse prête à réaliser ce souhait à condition de terrasser 16 colosses. Armé uniquement d’un arc et d’une épée, vous voilà parti au dos de votre fidèle cheval Agro pour une (toute) petite dizaine d’heures où votre seule et unique préoccupation sera de mettre à terre ces géants qui n’ont rien demandé à personne. A chaque fois, la routine est la même, invariable du début jusqu’à la conclusion du jeu. Découvrir son objectif par l’intermédiaire de Dormin, lever son épée au ciel pour connaître sa localisation, s’y rendre en quelques instants et affronter le colosse. Et ainsi de suite. A moins d’être happé par son ambiance et aimer flâner sans but dans un univers aussi enivrant que vide juste pour le plaisir de la contemplation, Shadow of the Colossus se résume ainsi à aller à dos de cheval d’un point A à un point B en ligne droite afin d’y affronter un boss, sans ennemis à affronter en chemin ni quête annexe pouvant briser une monotonie qui s’installe rapidement une fois affronté une poignée de colosses. Vous voilà prévenu.

Bluepoint Games a pourtant réalisé un magnifique travail pour remettre le titre au goût du jour en reprenant de zéro toute la partie graphique. Loin d’être un simple coup de polish HD, cette version 2018 de Shadow of the Colossus transforme totalement un jeu qui poussait dans ses retranchements une Playstation 2 en fin de vie tellement il était ambitieux. La direction artistique, déjà superbe à l’époque, s’en trouve magnifiée et est délicieusement mise en valeur par une caméra se positionnant subtilement pour fournir des panoramas majestueux. Mais à trop vouloir miser sur la contemplation, c’est le gameplay qui en fait les frais en raison d’un positionnement régulièrement anti-ergonomique aboutissant régulièrement à des sauts hasardeux et des déplacements à l’aveugle. Un choix déjà totalement assumé à l’époque et laissé tel quel dans ce remaster qui garde intacte la structure même du Shadow of the Colossus de 2006, que ce soit en termes de gameplay ou de contenu.

shadow of the colossus ps4

On ne pourra pas non plus fermer les yeux sur plusieurs lacunes techniques faisant quelque peu tâche avec la beauté de l’emballage. Le jeu est ainsi truffé de bugs graphiques et des collisions, spécialement quand on cherche à s’aventurer hors des sentiers battus et tenter d’explorer le monde à sa guise. Quand ce ne sont pas des murs invisibles « so 2006 » qui vous font comprendre que non, vous ne pourrez pas grimper sur grimper sur ce rocher fait la moitié de votre taille. Le poids des âges se fait sentir, surtout quand un certain Breath of the Wild est passé par là il y a moins d’un an. Plus embêtant, le jeu est carrément aller jusqu’à faire planter notre pauvre PS4 Pro en lui faisant afficher un « Écran bleu de la mort » après une action anodine. A côté de cela, le léger popping des textures semble bien anodin.

Tout est dans l’émotion

shadow of the colossus ps4Élément central du jeu, les combats de Shadow of the Colossus sont toujours aussi impressionnant 12 ans plus tard et se déroulent selon une mécanique bien huilée. Arrivée sur les lieux, repérage de l’environnement pour découvrir comment grimper sur le colosse, puis découverte de son point faible avant de l’achever de plusieurs coups d’épée. Bien que les affrontements ne soient jamais vraiment bien difficiles (en mode de difficulté normal), ce qui n’empêche pas le joueur d’être tendus tout le long, ceux-ci procurent un sentiment rare de satisfaction une fois ceux-ci mis à terre. Se déplacer tant bien que mal en s’accrochant aux poils de la bête tout en étant attentif à sa jauge d’endurance, appuyer de toutes les forces la touche R2 (note : cela ne sert à rien) pour rester agrippé à la créature quand celle si se débat de toutes ses forces pour vous éjecter, chaque affrontement en met réellement plein les yeux et coupe le souffle. On en oublierait presque une caméra ayant tendance à se perdre ainsi qu’une maniabilité parfois hasardeuse. Pour ceux qui souhaiteraient prolonger l’expérience, il sera toujours possible de se lancer dans un New Game + ou dans un Time Attack disponible une fois le jeu plié une première fois. Les autres rangeront sagement le jeu avec, tout de même, ce regret de ne pas avoir découvert Shadow of the Colossus en 2006.

Le problème quand un jeu mise tout sur son ambiance, c’est qu’il s’expose à un violent retour de flamme si celle-ci n’arrive pas à atteindre le cœur du joueur. Et dans le cas de Shadow of the Colossus, vous avez vraiment intérêt à ce que le propos vous parle sous peine de passer un mauvais moment tant le gameplay se résume au strict minimum. Terriblement linéaire, le jeu se résume à des combats contre des colosses, certes majestueusement mis en scène, mais au final pas bien compliqué à mettre à terre. Les 12 ans écoulés depuis la sortie du jeu d’origine n’auront pas servi à remettre d’aplomb une maniabilité plus que hasardeuse et une caméra aussi contemplative que pénalisant le plaisir de jeu. On aurait aimé tomber amoureux de Shadow of the Colossus, mais en dernier lieu il ne reste que les regrets de ne pas l’avoir découvert à l’époque de la Playstation 2. Peut-être que notre cœur se serait ouvert.