Encore inconnu du public européen malgré une sortie fin 2010 au Japon et aux USA, Radiant Historia se dévoile enfin au Vieux Continent grâce à un portage sur Nintendo 3DS l’améliorant en plusieurs points et l’agrémentant au passage de contenu supplémentaire. Renommé pour l’occasion Radiant Historia : Perfect Chronology, le RPG d’Atlus est un indispensable pour tous les amateurs de J-RPG et on vous explique pourquoi.

Ce test de Radiant Historia : Perfect Chronology a été réalisé sur une version fournie par l’éditeur.

Radiant Historia Perfect Chronology 3DS alistelLe monde court à sa destruction. Depuis plusieurs siècles, le continent de Vainqueur est soumis à un phénomène inexplicable de désertification mais cela n’empêche pas pour autant les nations de Granorg et Alistel de se mettre joyeusement sur la figure pour le contrôle des quelques terres encore exploitables. Ambiance. C’est dans contexte que le joueur incarne Stocke, un agent de la Special Intelligence d’Alistel dont le destin va être bouleversé à tout jamais à l’occasion d’une mission en apparence banale. Alors qu’il devait extraire un espion infiltré en territoire ennemi, son escapade va tourner à la catastrophe quand ses camarades Raynie et Marco vont tomber au combat. C’est là que notre homme se retrouve téléporté à Historia, un lieu hors du temps et de l’espace, grâce au White Chronicles que lui a remis son supérieur avant de partir en mission. Pour quelle raison ? On ne le sait pas encore. Mais quoiqu’il en soit, Stocke a désormais la possibilité de revenir dans le passé afin d’influer sur les événements tragiques qui aurait pu lui arriver tout comme d’éviter au monde de finir enseveli par le sable. Premier choix crucial pour le jeune homme : rester sous les ordres de Heiss en tant qu’agent secret ou rejoindre l’armée et Rosch, son ami de toujours. Une décision à l’origine de deux timelines parallèles, véritable fondement de la structure narrative du jeu.

La théorie dans les cordes

Concrètement, le déroulement de Radiant Historia : Perfect Chronology est constitué d’allers-retours incessants entre la Standard History et l’Alternate History. Bien que relatant des faits différents, les deux dimensions sont interdépendantes et il faudra régulièrement faire un saut dans l’autre monde pour récupérer un objet ou une information permettant de débloquer votre progression. Un système qui fait merveilleusement illusion et qui parvient à faire (presque) oublier un cheminement tout de même bien dirigiste. Ponctuée de plusieurs moments critiques où Stocke aura à faire un choix déterminant (le jeu nous invite même à valider son choix deux fois), la narration ne donne au final que l’illusion du choix vu qu’il n’existe en fait qu’un seul et unique chemin auquel il faudra se plier, chaque mauvaise décision amenant irrémédiablement vers un pseudo game-over maquillé en « bad ending » vous invitant à mieux réfléchir (comprendre, choisir l’autre possibilité). Résultat, l’aspect dramatique de ces moments perd rapidement en intensité vu que l’on reprend généralement peu de temps avant et qu’il ne suffit plus que de choisir la bonne marche à suivre.

Radiant Historia Perfect Chronology 3DS choix

Mais qu’importe. Même si l’on se rend compte rapidement de ses limites, la narration de Radiant Historia : Perfect Chronology fait son effet et bénéficie d’une très bonne qualité d’écriture s’éloignant des productions toute en naïveté comme le Japon peut nous offrir généralement. Les personnages sont également très travaillés, mention spécial pour notre héros, et bénéficient d’un doublage en anglais d’une qualité totalement irréprochable. Au départ déçu de l’absence de voix japonaises, votre serviteur a rapidement oublié ce travers devant la qualité de la localisation proposée par Atlus. Qui dit voyages temporels dit également paradoxes et on fermera pour le coup les yeux sur les nombreuses incohérences scénaristiques dû aux voyages temporels. On ne compte plus le nombre de fois où Stocke revient dans le passé et est de nouveau surpris par ce qu’il découvre alors qu’il va l’instant d’après changer le court de l’histoire grâce à sa mémoire restée intacte. De même, le titre a tendance à utiliser de facilités scénaristiques avec des personnages pouvant subitement changer d’attitude suite à un événement paru dans une autre timeline.

Combo en Stocke

Avec son nombre limité de zones à traverser, Radiant Historia : Perfect Chronology donne la fâcheuse impression d’arpenter maintes et maintes fois les même environnements. Des séquences de va-et-vient toutefois entrecoupées par des combats particulièrement grisant. Prenant la forme d’un classique système de tour par tour se déroulant sur une zone divisée en 3×3 cases, les affrontements se basent sur un système de combo avec un affichage de l’ordre d’intervention des personnages rappelant immédiatement Final Fantasy X. A vous d’intervertir l’ordre de passage de vos trois combattants pour poser un piège par-ci, acculer les personnages sur une même case par là, et réaliser des combos foudroyant augmentant par la même occasion les points de dégâts infligés plus ils sont longs.

Plutôt facile durant les trois premiers chapitres, le jeu souffre toutefois d’un bond dans sa difficulté assez soudain et mal maîtrisé qui pourra pénaliser ceux ayant traversé les environnements du jeu en prenant le soin d’éviter le moindre ennemi, et par conséquent, sans se prendre la peine d’augmenter le niveau de leurs personnages. Car si les premières heures du jeu permettent de la jouer « à la cool » sans se soucier de l’emplacement des ennemis sur la grille, ceux-ci portant des coups bien plus violent si ils sont proches de vous, la stratégie sera par la suite indispensable pour mener à bien vos affrontements. Et on ne parle pas que des boss.

L’histoire sans fin

Déjà riche d’une bonne trentaine d’heure de jeu, Radiant Historia : Perfect Chronology inclut quelques suppléments permettant de rallonger quelque peu la durée de vie du jeu d’origine. Le premier que le joueur pourra découvrir est le Vault of Time, une sorte de donjon supplémentaire accessible depuis Historia où il est possible de récupérer des gemmes échangeables contre des items ou des équipements autrement hors de prix. Car il faut le savoir, l’argent ne coule pas à flot sur le continent de Vainqueur et il faudra prendre la peine de farmer de temps en temps pour se faire un peu d’argent de poche pour se remplir la besace de potions de soin ou s’acheter une nouvelle armure. Sans véritable intérêt scénaristique, ce donjon annexe ne doit finalement son intérêt qu’à ce qu’il pourra apporter matériellement. C’est déjà ça.

La seconde nouveauté de ce portage 3DS est la présence d’une troisième chronologie, intitulée Possible History. S’intégrant également tant bien que mal dans la trame principale, il est d’ailleurs possible d’y jouer au fur et à mesure de votre progression dans le jeu ou de la débloquer une fois celui-ci terminé, cette nouvelle timeline permet de s’aventurer dans une multitude d’univers parallèles afin de résoudre de courtes missions, généralement terrasser un ennemi et/ou récupérer un objet. Au delà de l’apport en argent ou en item bonus, c’est surtout l’occasion d’en apprendre plus sur le background du jeu et notamment sur sa désertification.

Le poids de années ne se fait pas sentir

Déjà délicieusement old-school pour l’époque, Radiant Historia n’opère pas de mutation profonde à l’occasion de ce passage sur Nintendo 3DS. L’esthétique du jeu fait rapidement oublier un aspect technique archaïque pour des yeux de 2018 nourris à la 4K et à la turbo 3D mais toutefois retravaillés pour gagner légèrement en finesse. Les artworks ont également été retravaillés et même si les puristes pourront crier au scandale devant les quelques ajustements d’ordre esthétiques accordé aux personnages, le travail effectué est bien plus agréable à l’œil qu’auparavant. Et si ils ne vous conviennent décidément pas, il est toujours possible de passer par la case DLC et de se procurer les illustrations d’origine au prix d’ami de 2,49 euros (ouch !). Rajoutez par dessus une toute nouvelle intro réalisée par le studio A-1 Pictures (Sword Art Online, Erased, The Seven Deadly Sins) ainsi qu’une poignée de nouvelles compositions signées Yoko Shimomura et vous obtenez un portage à la hauteur de ce digne représentant du J-RPG.

Radiant Historia : Perfect Chronology est incontestablement un jeu de choix pour tout amateur de J-RPG. Même si l’on met rapidement à jour les limites de son système de timelines parallèles, le RPG d’Atlus propose une narration prenante couplée à un système de combat efficace faisant du jeu le dernier grand RPG à sortir sur la portable de Nintendo.