Il aura donc fallu neuf années pour avoir enfin droit à un nouveau Dragon Quest « traditionnel ». Comprenez : un épisode qui ne soit pas exclusivement multijoueur. Une éternité pour une licence ayant marqué de son emprunte un genre et même tout un pays. Ancrée dans le conservatisme, laissant les prises de risques en tout genre à son frère adoptif Final Fantasy, la série voit son dernier épisode sortir à la fois sur Playstation 4 et Nintendo 3DS. L’occasion pour Square-Enix de proposer des expériences de jeu radicalement différentes en fonction du support choisi. On se penchera dans ce test sur la version portable avec cette question en tête : Dragon Quest XI : Echoes of an Elusive Age est-il à la hauteur de ses illustres aînés ?

Le prologue de Dragon Quest XI : Echoes of an Elusive Age 3DS permet de jouer avec les deux versions du jeu d'affichées simultanément.Si la traditionnelle maxime « entre tradition et modernité » est souvent utilisée à tort et à travers pour caractériser bon nombre de choses venant du Japon, la série Dragon Quest s’est depuis toujours inscrite dans le côté « tradition » de la chose. Dans sa version portable, Dragon Quest XI : Echoes of an Elusive Age reste fidèle à ses illustres ancêtres et joue pleinement la carte de la nostalgie en proposant au joueur deux modes d’affichages, à savoir un en 3D et un autre entièrement en 2D afin de faire verser quelques larmes de nostalgie à ceux ayant débuté avec les épisodes Famicom. Libre à vous de choisir celui qui vous conviendra le plus, sachant qu’il suffira de se rendre à l’église du coin pour pouvoir basculer entre l’un ou l’autre des modes. Pour permettre au joueur de faire son choix, Square-Enix a eu l’ingénieuse idée de rendre tout le prologue jouable avec les deux versions affichées simultanément sur chacun des écrans. Si le contenu du jeu est radicalement identique quelque soit le mode choisi, chaque version a ses propres atouts pouvant faire la différence. Vous êtes adeptes des trips rétro et les combat aléatoires ne vous font pas peur ? Le mode 2D est fait pour vous, et sa vue de dessus vous permettra au passage de découvrir des trésors invisibles au premier abord en vue 3D. Vous souhaitez profiter pleinement du travail d’Akira Toriyama et éviter les Game Over en pouvant slalomer entre les ennemis quand votre jauge de HP crie famine? Le mode 3D vous tend les bras. Petit détail qui pourra faire la différence pour nous autre gaijin, seul ce dernier mode permet de bénéficier des furigana pouvant faciliter la compréhension du japonais. Vous êtes prévenu.

Philosophes, passez votre chemin

Le début de l'aventure de Dragon Quest XI : Echoes of an Elusive Age 3DS Le jeu débute avec un postulat de base clair et limpide : vous êtes la réincarnation du héros de la légende. A l’occasion de ses 16 ans, cette grande révélation est faite à notre héros qui va devoir se rendre chez le bon souverain du coin pour lui faire part de la nouvelle. Sauf que, surprise, tout ne se passe pas comme prévu et notre protégé se voit qualifier par le roi et ses sbires « d’enfant de démon » apportant malédiction et malheur. Enfermé dans le sous-sol du château, il va faire la rencontre d’un voleur du nom de Camus qui va l’aider à s’enfuir de prison. Le début d’un grand périple qui va amener le joueur à traverser le monde de Lotozetasia à la recherche d’un « Arbre de la Vie » censé lui apporter les explications qu’il souhaite concernant ses origines. Un scénario résolument shônen, blindé de bons sentiments, d’héroïsme et de naïveté, mais diablement passionnant de par son alternance entre des moments tragiques et d’autres beaucoup plus légers. Une vrai vent de fraîcheur au milieu de tous ces jeux aux scénarios excessivement alambiqués et à la pseudo portée philosophique semblant vouloir justifier que les jeux vidéo puissent être « matures ». Comme souvent dans la série, la narration n’est pas appuyée par d’innombrables cinématiques ayant pour vraie finalité de juste en mettre plein les yeux. Tout s’enchaîne à un rythme soutenu mais laissant au joueur le temps de profiter à sa guise de l’exploration.

Prendre un enfant par la main

Il faut dire que le format portable de ce Dragon Quest XI : Echoes of an Elusive Age a contraint les développeurs à réduire fortement la taille de la map par rapport à son homologue tournant sur Playstation 4. Un choix qui au final s’avère payant tant le rythme est maîtrisé. Le jeu ne présente ainsi que peu de temps morts et les plus pressés pourront même monter à cheval afin de tracer encore plus rapidement à travers les plaines. Il sera tout de même recommandé de ne pas en abuser sous peine de se retrouver en difficulté au moment d’affronter les boss, à la difficulté certes toute relative. Si le jeu est bien rythmé, c’est aussi parce qu’il fait le choix de guider le joueur sans vraiment jamais le laisser se perdre. Un choix qui pourra choquer à une époque où liberté totale et exploration sont les maîtres mots de toute une industrie. Difficile en effet de se perdre quand les chemins sont bloqués tant que l’histoire n’a pas avancé et que la route à suivre est indiqué à l’écran. Des quêtes annexes sont certes là pour casser un peu le rythme, mais il faut bien avouer que ces dernières manquent cruellement d’inspiration et sont facilement bouclables.

Le système de combat de Dragon Quest XI : Echoes of an Elusive Age 3DS dans sa version 2D Véritable point fort de la série depuis ses débuts, la qualité et le dynamisme du système de combat sont restés intacts. Digne héritier des précédents opus, Dragon Quest XI : Echoes of an Elusive Age adopte une nouvelle fois le même système à base de tour par tour, tout le contraire d’un Final Fantasy cherchant à tout prix à révolutionner la formule à chaque épisode. A l’écran, aucune jauge ou indicateur visuel pouvant indiquer quel sera l’ordre d’action entre nos personnages ou l’ennemi. Il faudra ainsi bien anticiper l’activation de sorts de soin sous peine de voir son personnage périr par manque d’anticipation. A vous de voir si cette formule saura encore vous charmer malgré le poids des années. Attention toutefois à bien aller dans le menu pour passer les personnages en mode manuel, ces derniers étant de base contrôlés par l’IA. Petite nouveauté de cet épisode, la « Tension » introduite avec Dragon Quest VIII est remplacé par la « Zone », un mode permettant d’augmenter les caractéristiques des personnages et de lancer des attaques combinées ravageuses après avoir encaissé un grand nombre de dégâts. Différentes en fonction des personnages, ces techniques évolueront également en fonction des sorts et compétences apprises.

Un exemple d'état de zone dans Dragon Quest XI : Echoes of an Elusive Age 3DS La vraie – hélas mauvaise – surprise réside toutefois dans la difficultée du jeu grandement revue à la baisse. Si quelques combats pourront réserver des sueurs froides si vous avez abusivement esquivé les combats, il sera généralement facile d’en arriver à bout une fois votre team bien équipée. Les multiples camps de repos éparpillés à travers la carte éviteront toute mauvaises surprises en vous permettant de reprendre votre partie généralement près du lieu de votre trépas. De même, vous serez téléporté immédiatement à la sortie du donjon une fois celui-ci terminé, voir carrément renvoyé au village le plus proche dans la foulée. Un constat légèrement amoindri pour ceux ayant fait le choix du mode 2D et de ses combats aléatoires. Ici pas question de se faufiler entre les ennemis quand il vous reste juste un petit HP.

Pimp my Dragon Quest

Pour accompagner son système de combat, Dragon Quest XI : Echoes of an Elusive Age propose un système de sphérier faisant penser de prime abord à celui de Final Fantasy X. Tout en restant assez limité, celui-ci permettra au joueur de confectionner une équipe envoyant du lourd une fois les bonnes cases débloquées. Le système de crafting de Dragon Quest XI : Echoes of an Elusive Age 3DS Une mécanique de crafting a également été intégrée afin de créer soi-même ses propres armes, armures ou accessoires. Un élément plutôt utile quand on sait que l’argent ne coule pas à flot dans Dragon Quest XI : Echoes of an Elusive Age. Rappelant le système de Xenoblade Chronicles et de ses gemmes, vous aurez à purifier le métal en fusion en le battant tout en veillant à ne pas dépasser une certaine limite. Pour ce faire, vous aurez à récupérer des livres de recettes en fouinant sans aucune gêne dans chacune des bibliothèques présente dans les villages et ainsi pouvoir travailler la multitude de ressources récupérées sur la carte du jeu. Les plus doués pourront créer des armes plus puissantes que celles disponibles en boutique, mais attention aux malus pour les plus maladroits. Plutôt sympa, mais à des années lumières de la complexité du système proposé par le jeu de Monolith Soft.

Pour profiter du tout, il faudra cependant composer avec une interface austère et vraiment pas des plus intuitives. Entre manque de lisibilités et excès des sous-menus, effectuer des actions simples comme changer d’équipement devient rapidement une vraie plaie. A voir si Square-Enix a décidé de fournir une interface un peu plus digne des années 2010 pour la version Playstation 4, mais en l’état les menus de la version 3DS sont loin d’être agréables et ergonomiques.

Le syndrome de la tarte de mamie

Certaines sous-quêtes de Dragon Quest XI : Echoes of an Elusive Age 3DS vous feront replonger dans les anciens opusAu final, Dragon Quest XI : Echoes of an Elusive Age est un peu comme cette tarte que vous sert votre grand-mère à chaque repas dominical passé chez elle. Délicieuse durant l’enfance, on l’apprécie encore adulte même si on aimerait quand même que la recette évolue. Un renouvellement nécessaire histoire de ne pas finir écœuré. En restant autant ancré dans les traditions tout en draguant ouvertement les vieux fans, la série semble petit à petit arriver au bout d’un cycle de quand même trente ans. Exemple flagrant, la quête des Yôchi, exclusivité de la version 3DS, permet de débloquer des sous-quêtes se tenant dans le monde d’anciens épisodes. Un moyen à peu de frais pour faire vibrer les plus anciens. Cette fin de cycle semble également toucher tout ce qui concerne l’enrobage du jeu, quand bien même la qualité est toujours au rendez-vous. Peu inspirées sans être foncièrement mauvaises, les musiques Kôichi Sugiyama font une nouvelle fois le boulot mais difficile de se remémorer les quelques nouvelles mélodies une fois la console éteinte. Un constat que l’on peut également appliquer au chara-design d’Akira Toriyama. Toujours aussi efficace, difficile de ne pas commencer à se lasser d’un style tellement similaire depuis tant d’années. Une critique qui ne s’applique toutefois pas qu’à Dragon Quest, mais à l’oeuvre entière du mangaka.

Sans gros défaut mais également sans véritable nouveauté à proposer, Dragon Quest XI : Echoes of an Elusive Age saura charmer les fans de la licence avec sa fraîcheur et son gameplay toujours aussi maîtrisé. Une bouffée d’air frais dans un monde où les jeux ont tendance à se prendre parfois trop en sérieux. Toutefois, on sent clairement arriver la fin d’un cycle et Square-Enix va devoir sérieusement réfléchir au futur de sa série. Le trio historique derrière le jeu prenant de l’âge (Kôichi Sugiyama se rapproche tranquillement des 90 ans), la question du passage de témoin va devoir forcément commencer à se poser. Mais un Dragon Quest sans ses trois géniteurs serait-il encore un Dragon Quest ?