Le début de l’année a été marqué par un afflux de jeux tirés de licences, certes il faut l’avouer essentiellement en provenance de Bandai Namco. Si Dragon Ball FighterZ fût sans aucun doute la sortie la plus marquante et la plus réussie, il ne faut pas pour autant oublier la flopée de titres moyens voir médiocres (Gintama Rumble, The Seven Deadly Sins) dont le seul intérêt se retrouve dans les bilans financiers et non pas dans le plaisir procuré aux joueurs. Avec A.O.T. 2, c’est désormais au tour de Koei Tecmo et d’Omega Force de tenter de faire chavirer le cœur des fans de L’Attaque des Titans avec la suite d’un A.O.T. Wings of Freedom sorti il y a déjà deux ans. Le résultat est net et sans appel : nous sommes bien en face d’un jeu qui transpire l’amour envers l’oeuvre dont il est tiré.

Ce test de A.O.T. 2 a été réalisé sur une version fournie par l’éditeur.

aot 2 screenshot titan poiluLes amateurs de L’Attaque des Titans, tout du moins ceux suivant uniquement la série anime, ont quand même bien du courage. A raison de deux saisons en quatre ans et une série suspendue à l’équivalent du tome 12 du manga quand celui-ci en compte déjà 24 au Japon (23 en France), il faut avoir des nerfs d’acier pour arriver à naviguer entre les spoilers et ne pas se faire dévoiler l’intrigue à l’issu d’une recherche Google mal maîtrisée. Conscient de cet état de fait, Koei Tecmo a ainsi décidé de cantonner A.O.T. 2 aux événements uniquement relatés dans l’anime, n’en déplaise aux amateurs de la version papier. Histoire d’éviter les redites après un premier opus reprenant déjà la trame narrative de la première saison, A.O.T. 2 nous fait cette fois revivre l’histoire au travers d’un avatar personnalisée. Une idée en apparence anodine présentée comme ça, mais qui permet au jeu de fournir une sensation d’immersion intense. Surtout quand le jeu maîtrise aussi bien son fan-service.

Vis ma vie de no-name

aot 2 création personnageLe fan-service. Un élément marketing souvent utilisé dans l’espoir de masquer un gameplay défaillant ou d’écouler un jeu sans saveur en jouant sur la corde sensible des fans (coucou Gintama Rumble). Mais dans le cas de A.O.T. 2, et c’est à souligner, tout est fait dans le respect de l’oeuvre original et permet, comble du luxe, d’apporter une vraie valeur ajoutée au jeu. Quel fan de L’Attaque des Titans n’a jamais rêvé de s’envoyer en l’air à l’aide de l’équipement tri-dimensionnel et de zig-zager entre les bâtiments à la recherche de nuques de Titans à charcuter tout en prenant le temps de taper la causette à Eren entre deux missions ? Le tout non pas en incarnant un personnage déjà existant mais en étant quelque part « soi-même » ? De ce point de vue, les cut-scènes en vue subjective sont tout simplement épiques et on se mettrait à rêver d’un mode VR pour s’y croire totalement. Bon, notre oreille interne sûrement un peu moins. Le jeu ne se contente pas non plus de vous envoyer dans des missions à la chaîne mais vous fait également vivre en immersion dans différents lieux à débloquer au fur et à mesure de votre progression. Des endroits où il sera possible de faire des emplettes, customiser votre équipement, mais surtout de développer votre complicité avec chacun des personnages avec à la clé, par exemple, des compétences bonus ou des statistiques améliorées. Bon, certes, les interactions basées sur des réponses à choix multiples sont plutôt simples et monter son niveau d’amitié n’est pas un challenge en soi. Mais ça permet de renforcer l’immersion à peu de frais, et surtout, ça marche.

aot 2 town life dialogues

En étant toujours au contact des principaux protagonistes et en se retrouvant impliqués aux principaux événements relatés dans la série, le risque était grand de voir ce soldat créé de toute pièce engendrer son lot d’incohérences dans le scénario imaginé par Hajima Isayama. Mais les fans peuvent se rassurer, tout s’imbrique parfaitement bien même si on pourrait se demander pourquoi un tel personnage n’apparaît pas dans l’oeuvre d’origine vu l’importance qu’il acquiert au fil des missions. Dans un souci de cohérence trahissant une nouvelle fois le soin accordé au jeu, il est même possible de se plonger dans ses souvenirs et retourner à n’importe quel endroit du jeu quand bien même le scénario nous en empêcherait à ce moment là. Un tour de passe-passe aussi simple qu’efficace qui permet de faire quelques emplettes ou de pimper son équipement entre deux missions loin de son baraquement.

Ça va trancher

Bon, c’est bien beau tout ça mais qu’en est-il du système de combat ? Car tout aussi agréable que puisse être la satisfaction de recevoir un joli sourire de la part de Mikasa après lui avoir offert une pâtisserie afin de gratter quelques points d’amitié, il y a quand même un monde à sauver et des Titans qui ne demandent qu’à être charcutés. Tout en reprenant les bases du gameplay introduites dans le premier opus, Omega Force a réussi à gommer nombre de ses travers pour rendre le tout encore plus jouissif. La caméra a beau toujours jouer des tours, notamment dans les environnements confinés, A.O.T. 2 propose une prise en main finalement bien moins complexe que ce qu’avait pu laisser penser notre premier contact avec le jeu lors de la Paris Games Week. Il faudra certes quelques missions histoire de se roder avec la maniabilité du jeu (les premiers chapitres servent d’ailleurs de tutoriel), mais quel plaisir une fois intégrée la mécanique de chasse aux Titans ! Voler à toute vitesse en direction de sa cible, choisir la partie du corps à locker puis virevolter autour du colosse avant de lui asséner le coup de grâce. Une routine qui devient certes rapidement répétitive mais qui procure toujours un sentiment de jouissance intense tellement la sensation de vitesse et de puissance dans les coups est parfaitement retranscrite.

aot 2 battle

Si les Titans « de base » ne sont pas des plus compliqués à éliminer, tant que l’on fait attention à ne pas se retrouver submerger par une horde de géants cannibales, les Déviants demanderont quant à eux plus de fil à retordre vu qu’il faudra les affaiblir dans un premier temps en les attaquant à des points précis avant de faire baisser leur jauge de vie en s’occupant de leur nuque. Le moment parfait pour faire appel, via la croix directionnelle, jusqu’à quatre coéquipiers qui pourront venir vous délivrer si vous êtes sur le point de vous faire avaler ou vous apporter un soutien variant en fonction de leurs compétences propres.

Que ce soit Armin qui boost vos compétences, Rivaille « over-cheaté » qui tue tout sur son passage ou un simple soldat inconnu qui vient vous redonner de la vie, à vous de créer votre équipe sur mesure en recrutant les personnages adéquats sur le champ de bataille. Vos alliés ne seront par ailleurs pas vos seuls soutiens puisqu’on retrouve un système de forteresses permettant au choix, d’attaquer les Titans, de vous recharger en gaz/lames ou encore de fouiller le terrain à la recherche de minerai rare, indispensable pour améliorer votre équipement.

Merci la direction artistique

aot 2 Jean KirschteinSi le jeu saura vous tenir en haleine une bonne quinzaine d’heure pour retracer les événements compris dans les deux saisons de l’anime, sans compter la multitude de missions annexes, on pourra toutefois regretter de ne pas avoir la possibilité de revivre les événements relatés dans les différents OAV comme l’avait proposé cet hiver Shingeki no Kyôjin 2 : Mirai no Zahyô sur 3DS. Alors oui, faire apparaître notre avatar comme par magie des années dans le passé pour combattre auprès d’un Rivaille encore jeune recrue aurait mis un sérieux coup à la cohérence du jeu. Mais on ne pourra pas s’empêcher de penser qu’il aurait été possible, pour ces scénarios, d’incarner un personnage déjà existant surtout qu’il est possible de le faire quand on s’aventure dans les autres modes de jeu. A.O.T. 2 propose en effet moulte de plaisirs annexes aussi bien orientés jeu solo que multijoueur. Tandis que les adeptes des plaisirs solitaires pourront se lancer dans une multitude de missions sans rapport avec la trame scénaristique, les plus sociables d’entre vous auront la possibilité de participer à un mode « Annihilation » le but est de dézinguer le maximum de Titans dans une compétition entre deux équipes de quatre, ou encore d’incarner un Titan et tenter de bouffer tout ce qui vous passe devant le nez. Un mode « Prédateur » toutefois pas encore ouvert au moment de réaliser ce test.

On disait quelques paragraphes plus haut que A.O.T. 2 est terriblement respectueux de la série dont il est tiré, mais c’était sans avoir pourtant abordé la question de la direction artistique du jeu. Pas toujours facile de retranscrire parfaitement la patte graphique d’un dessin animé 2D quand il s’agit de l’adapter en un jeu vidéo en 3D, mais Omega Force a réalisé un véritable travail d’orfèvre et l’ambiance si particulière à L’Attaque des Titans est ici parfaitement respectée. Un sentiment renforcé par une bande-son qui, bien que crée spécialement pour le jeu, pourrait être tirée tout droit de l’anime tant elle reprend à merveille l’esprit des compositions de Hiroyuki Sawano. On en oublierait presque la relative faiblesse technique du titre. Sans arriver à un niveau digne de Dynasty Warriors 9, on y retrouve tout de même peu ou prou les même travers avec des décors tout de même bien vide, des scripts mettant par moment une plombe à se lancer, et une animation qui crache par moments ses poumons même si, il faut l’avouer, le jeu affiche de manière globale une belle fluidité des mouvements.

Incarner un no-name n’aura jamais été aussi jouissif. A l’origine simple pirouette pour éviter un effet de redite avec le précédent opus, l’idée de revivre les deux saisons de L’Attaque des Titans du point de vue d’un personnage créé de toute pièce permet de brosser le fan dans le sens du poil en l’immergeant encore plus aux côtés de ses héros préférés. Certes limité techniquement, A.O.T. 2 n’en reste pas moins un jeu traité avec le plus grand des soins en étant respectueux jusque dans les plus petits détails de l’oeuvre de Hajime Isayama. Pari gagnant, donc, pour Omega Force et Koei Tecmo qui prouvent un petit mois après Dynasty Warriors 9 que oui, ils savent également faire de très bons jeux.