Première adaptation en manga d’une série de trois romans écrits par Project Itoh, The Empire of Corpses revisite le mythe de Frankenstein en nous plongeant dans uchronie où les morts sont utilisés comme de la main-d’oeuvre grâce à l’utilisation d’un « nécrogiciel », une technologie permettant d’y intégrer une âme factice.


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Synopsis

À la fin du 19e siècle, une technologie révolutionnaire permettant de redonner la vie à des cadavres humains se répand dans le monde entier. L’intégration d’âmes factices par le biais d’un nécrogiciel permet ainsi d’exploiter les nécromates, main d’œuvre gratuite et corvéable à merci. Pris en flagrant délit de « résurrection » non autorisée, John Watson, brillant étudiant en médecine, est contraint par le gouvernement britannique de rechercher les écrits légendaires du docteur Victor Frankenstein dans lesquels serait inscrit le procédé qui a permis la naissance de « la Créature », le seul cadavre doté de parole et de libre-arbitre.

The Empire of Corpses est édité chez Pika Edition et est vendu au prix de 7,50€.

Critique réalisée à partir d’un exemplaire fourni par l’éditeur.


Avant d’être un manga, The Empire of Corpses est surtout un roman écrit par Project Itoh, de son vrai nom Satoshi Itô, et publié à titre posthume après que Toh Enjoe n’en termine l’écriture suite au décès tragique de son auteur en 2009 à l’âge de 34 ans en raison d’un cancer. Adapté en 2015 en film d’animation par Wit Studio, tout comme Harmony et Genocidal Organ, les deux autres titres de l’auteur, The Empire of Corpses a également été décliné une année plus tard en manga sous la plume de Tomoyuki Hino. Composé de trois tomes, la série arrive enfin en France chez Pika Edition et sera suivi l’année prochaine par les deux autres romans de Project Itoh. A noter que l’éditeur français a également publié The Empire of Corpses sous sa forme originelle de roman, inaugurant par la même occasion sa nouvelle collection de SF chez Pika Roman.

Triste ironie pour un titre mis au monde une fois son auteur décédé, la mort et le retour à la vie sont le cœur même de l’intrigue de The Empire of Corpses. L’histoire imaginée par Project Itoh nous place en effet dans une uchronie se déroulant à la fin du XIXème siècle où une technologie permet de redonner vie aux défunts en y injectant une âme factice. Développé au siècle précédent par le docteur Viktor Frankenstein, cette invention révolutionnaire réussissait à redonner vie tout en offrant aux personnes ressuscitées la faculté de réfléchir par eux-même. Visiblement conscient des potentiels risques de sa découverte, le savant a cependant caché le fruit de ses recherches pour mettre au point un nouveau procédé n’octroyant pas de conscience aux personnes ressuscitées. En résultera les nécromates, une main d’oeuvre corvéable à merci et surtout de la chair à canon bon marché. Désireux de mettre la main sur les écrits disparus de Frankenstein, les services secrets britanniques vont contraindre un certain John Watson de les aider dans leurs recherches après avoir découvert que le jeune docteur avait créé son propre nécromate nommé Friday.

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A l’occasion de son adaptation en long-métrage, The Empire of Corpses avait déjà divisé la critique, certains louant son excellente qualité technique et les thématiques abordées tandis que d’autres pointaient du doigt une narration assez confuse. S’il est évidemment encore trop tôt pour livrer un avis définitif sur ce dernier point, ce premier tome semble embrasser les même défauts avec une intrigue, certes riche et fouillée, qui ne s’avère pas d’une grande clarté en raison, entre autre, d’une multitude de protagoniste et d’un rythme de narration bien trop soutenu pour arriver à tout digérer. Plus embattent, la lisibilité du récit souffre de problèmes au niveau du character-design avec plusieurs personnages ayant une apparence bien trop similaire. Résultat, on se retrouve fréquemment obligé de prendre notre temps pour vérifier la couleur d’une veste ou quelques détails au niveau du visage pour s’assurer de l’identité de l’individu que l’on a devant nos yeux. De manière générale, les personnages ne sont pas la point fort de The Empire of Corpses, la plupart n’ayant pas assez de consistance pour qu’on réussisse à s’attacher à eux. Au milieu de cet amas d’individus sans grande saveur, le duo John Watson/Vendredi arrive cependant à sortir son épingle du jeu en étant la seule véritable source d’émotion que pourra ressentir le lecteur envers les différents protagonistes.