Mettant en scène les écrits d’une jeune femme britannique partie à la découverte du Japon au XIXème siècle, Isabella Bird – Femme exploratrice est une plongée passionnante dans ce Japon d’antan à une période charnière de son histoire.

« Henrietta, ma chère petite sœur… A l’heure où je t’écris, je voyage à travers cet étrange pays que l’on appelle le Japon ». Une accroche que l’on pourrait (quasiment) croire sortie des années 2010 tant le pays du Soleil-Levant attise toujours autant la curiosité et les passions. Elle est cependant tirée des carnets de voyages d’Isabella Bird, une jeune exploratrice ayant pris la folle initiative en 1878 de partir à la découverte de l’archipel nippon et de se rendre à l’actuelle île Hokkaido afin de voir un Japon encore préservé des influences étrangères. Dix ans auparavant, le pays venait en effet de basculer dans l’ère Meiji et de s’ouvrir au monde extérieur en mettant fin à 200 ans de politique du sakoku. Modernisation, fin du système féodal, éducation obligatoire ou encore développement d’un système de transport ferré, le Japon était alors en pleine mutation de par l’influence occidentale tout en restant largement méconnue par ces derniers. Un pays à une époque charnière de son histoire que la jeune femme a décrit dans de multiples lettres à destination de sa sœur et qui furent compilées par la suite dans l’ouvrage « Unbeaten Tracks in Japan ».

Adaptant librement ces correspondances, Isabella Bird – Femme exploratrice est réellement passionnant par la description qu’il fait du Japon de l’époque. Désireuse de découvrir ce qu’aucun étranger n’avait vu jusqu’alors, la jeune femme va s’écarter des chemins balisés afin de découvrir un Japon authentique. L’occasion de faire découvrir au lecteur une multitude d’anecdotes passionnantes sur le quotidien et les coutumes de ce Japon d’antan. Au delà de l’aspect purement factuel du récit, Isabella Bird – Femme exploratrice propose un témoignage purement personnel de cette jeune britannique de bonne famille lâchée dans le quotidien de la campagne nippone. Plus Isabella s’enfonce dans celle-ci et plus notre exploratrice est soumise à des scènes qui vont la mettre mal à l’aise. 140 ans plus tard, on se reconnait en cette étrangère en immersion dans un pays aux coutumes totalement éloignées des notre. Qui, par exemple, n’a pas été surpris et/ou gêné lors de son premier onsen totalement nu ? Souvent surprise, parfois choquée, Isabella adopte toutefois une posture tout dans la retenue et sans jamais porter de jugement ethnocentré sur la nature des japonais. Une attitude peut-être enjolivée par rapport à la réalité, sûrement trop lisse, mais qui n’impacte en rien le récit. Car on ne lit pas Isabella Bird – Femme exploratrice pour suivre une histoire riche en rebondissements et en drama. Non, Isabella est un medium qui nous permet de partir à la découverte de ce Japon d’autrefois tant fantasmé.

Isabella Bird - Femme exploratrice extrait

Durant son périple, Isabella Bird est uniquement accompagnée d’Itô, un interprète qu’elle a choisi car étant prêt à sacrifier son confort et de prendre des chemins réputés comme dangereux. Même s’il reste relativement silencieux et particulièrement stoïque, Itô est personnage intéressant car il permet de contrebalancer la vision que se fait Isabella Bird du Japon en apportant son point de vue de japonais. Une sorte de lien entre ces deux mondes que tout oppose mais qui se découvrent petit à petit.

N’allez pas croire pour autant que Isabella Bird – Femme exploratrice est un manga rébarbatif servant uniquement de palliatif illustré à un livre d’histoire du Japon. Taiga Sassa nous livre ici une histoire à la fois remplie d’humour et rafraîchissante, bien que totalement encrée dans la réalité, rendant le tout totalement accessible aux profanes tout comme riches en anecdotes passionnantes pour les amoureux de l’archipel. Fin, précis, détaillé, le dessin de Sassa met merveilleusement en valeur l’aspect descriptif du récit et fait de chaque page est une véritable oeuvre d’art à part entière. Un aspect qualitatif que l’on ressent jusque dans la qualité de l’ouvrage en tant que tel, Ki-oon ayant eu la bonne idée de reprendre les même matériaux que la versions d’origine, que ce soit au niveau du papier ou de la couverture. Que ce soit au niveau de la forme que du fond, c’est bel et bien un « ouvrage », plus qu’un manga, que l’on tient entre nos mains.

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Synopsis

À la fin du xixe siècle, le Japon s’ouvre au monde et s’occidentalise à marche forcée. Mais le pays reste un vrai mystère pour la plupart des Européens, ce qui en fait une destination de choix pour la célèbre exploratrice anglaise Isabella Bird ! Malgré son jeune âge, elle est déjà connue pour ses écrits sur les terres les plus sauvages. Isabella ne choisit jamais les chemins les plus faciles et, cette fois encore, elle étonne son entourage par son objectif incongru : Ezo, le territoire des Aïnous, une terre encore quasi inexplorée aux confins de l’archipel… Le voyage s’annonce long et difficile, mais rien n’arrête la pétillante jeune femme !

Accompagnée de son guide-interprète, le stoïque M. Ito, la jeune femme parcourt un pays en plein bouleversement. Dans ses lettres quotidiennes à sa sœur, elle narre avec sincérité et force détails la suite de chocs culturels qu’elle expérimente. Elle veut tout voir, tout essayer, quitte à endurer chaleur, fatigue, maladie ainsi que les sarcasmes de ses pairs !

Isabella Bird – Femme exploratrice est édité chez Ki-oon et est vendu au prix de 7,90€.

Critique réalisée à partir d’un exemplaire fourni par l’éditeur.